Licenciement pour inaptitude : comment chiffrer l'indemnité « compensatrice de préavis » ?
Rédigé par Pierre-Jean FABAS
Formateur expert en matières sociales au sein d'un centre de formation pour adultes
Auteur de plusieurs ouvrages traitant du social et de la paie.
Dirigeant de société pendant 10 ans, passionné par le métier de formateur et le secteur de la paye.
Bibliographie
- Livre « Abécédaire social et paye 2008 » (éditions Publibook)
- Livre « Abécédaire social et paye 2010 » (éditions INDICATOR)
- Livre « Abécédaire social et paye 2011 » (éditions INDICATOR)
- Livre « Nul n’est censé ignorer les lois en paye » (éditions ÉDILIVRE)
Un calcul selon la durée légale du préavis
Le montant de l’indemnité est calculé par référence à la durée légale du préavis et non par référence au préavis conventionnel, même si ce dernier est plus long
Cour de cassation du 12 juillet 1999, pourvoi n° 97-43641.
Article L1234-1
Lorsque le licenciement n'est pas motivé par une faute grave, le salarié a droit :
1° S'il justifie chez le même employeur d'une ancienneté de services continus inférieure à six mois, à un préavis dont la durée est déterminée par la loi, la convention ou l'accord collectif de travail ou, à défaut, par les usages pratiqués dans la localité et la profession ;
2° S'il justifie chez le même employeur d'une ancienneté de services continus comprise entre six mois et moins de deux ans, à un préavis d'un mois ;
3° S'il justifie chez le même employeur d'une ancienneté de services continus d'au moins deux ans, à un préavis de deux mois.
Toutefois, les dispositions des 2° et 3° ne sont applicables que si la loi, la convention ou l'accord collectif de travail, le contrat de travail ou les usages ne prévoient pas un préavis ou une condition d'ancienneté de services plus favorable pour le salarié.
Cas particulier des travailleurs handicapés
Droit à une durée de préavis doublée
Au regard du code du travail, le salarié justifiant d’une reconnaissance travailleur handicapé par la CDAPH (Commission des Droits et de l'Autonomie des Personnes Handicapées), bénéficie d’un droit au préavis doublé.
Toutefois, ce doublement ne peut avoir pour effet de porter au-delà de 3 mois la durée de ce préavis.
Précisons également que cette disposition n’est pas applicable lorsque les conventions ou accords collectifs de travail ou, à défaut, les usages prévoient un préavis d'une durée au moins égale à trois mois.
Article L5213-9
En cas de licenciement, la durée du préavis déterminée en application de l'article L. 1234-1 est doublée pour les bénéficiaires du chapitre II, sans toutefois que cette mesure puisse avoir pour effet de porter au-delà de trois mois la durée de ce préavis.
Toutefois, ces dispositions ne sont pas applicables lorsque les conventions ou accords collectifs de travail ou, à défaut, les usages prévoient un préavis d'une durée au moins égale à trois mois.
Pas en cas de licenciement pour inaptitude professionnelle
Ce droit à bénéficier d’une durée de préavis doublée n’est toutefois pas ouvert lorsque le licenciement s’effectue dans le cadre d’un licenciement pour inaptitude d’origine professionnelle.
Un arrêt de la Cour de cassation de janvier 2016 est remarquable à ce sujet, que vous pouvez d’ailleurs retrouver sur notre site en cliquant ici.
Licenciement pour inaptitude professionnelle : quelle indemnité au titre du préavis pour un salarié handicapé ?
Une secrétaire médicale reconnue travailleur handicapé a été licenciée pour inaptitude d’origine professionnelle. La Cour de cassation a confirmé que le doublement de l’indemnité de préavis prévu aux salariés handicapés ne s’applique pas dans ce contexte, rappelant aux employeurs de distinguer les régimes de préavis selon le motif d’inaptitude.
Cour de cassation du 27 janvier 2016, pourvoi n° 14-12710
Régime social
Même si l’indemnité versée au salarié a un « caractère indemnitaire », elle est toutefois soumise aux cotisations sociales.
Un arrêt de la Cour de cassation du 11 janvier 2017, que nous avons traité en détails sur notre site et que vous pouvez retrouver en cliquant ici, le confirme.
En cas d'inaptitude professionnelle, l'indemnité chiffrée comme l'indemnité compensatrice de préavis est soumise à cotisations
Après un accident du travail, une salariée déclarée inapte a perçu une indemnité équivalente au préavis. La Cour de cassation a confirmé que, même qualifiée d’indemnité, elle est soumise aux cotisations sociales dès lors qu’elle est imposable, rappelant aux employeurs de la prendre en compte dans le calcul des charges.